Suite au message de Julie (qui finit souvent par être plus long que mes propre posts – déjà assez conséquents) je vais faire un "petit" suivi type dialogue, pour lui répondre, et pour vous faire profiter de notre intelligence (enfin surtout la sienne) petits parias que vous êtes (insérer ici un rire diabolique). Je vais donc entrecouper ma réponse de citation du texte de Julie (que tout le monde n’aura pas reconnu).
« Je suis d'accord sur le fait qu'il faille avant tout donner aux élèves l'envie d'apprendre, plutôt que de les assommer de culture. Maintenant, on commence à avoir envie d'apprendre en apprenant... c'est con dit comme ça, mais quand on ne sait pas quel bénéfice tirer de l'apprentissage d'une matière quelle qu'elle soit, on n'a pas envie de s'en donner la peine - or, le bénéfice en question, on ne va pouvoir le trouver qu'une fois qu'on aura appris quelque chose... donc c'est quelque part un cercle vicieux... A la fac, j'ai des tonnes de trucs à apprendre par coeur, et en première année je hurlais contre ça. Mais voilà, une fois que je l'ai fait, je me suis rendue compte que ça m'apportait énormément, parce que ça me permettait de pouvoir réfléchir, débattre sur des sujets que je connaissais... car comment réfléchir sur quelque chose sans en connaître les fondements ? »
Si comme tu le dis on apprend à aimer apprendre en apprenant comment ce fait il que tous les élèves (qui ont tous appris un jour) ne soient pas dotés de la même volonté que toi ? J’entends par là que l’école ne fait pas tout, la personnalité et l’encadrement parental y est pour beaucoup dans cette « affaire ». Comme toute problématique elle comprend plusieurs paramètres.
« En histoire ou en géo, on nous demande des disserts. Mais comment pondre quelque chose qui se tienne sur tu ne sais pas les bases, à savoir oui les dates, les pays, etc ? Je sais bien que j'ai été la première à gueuler parce que c'est fastidieux d'apprendre des trucs comme ça, mais c'est uniquement comme ça qu'on réussira après à avoir une pensée construite sur un sujet. »
Je doute malheureusement que l’apprentissage de dates/noms nous poussent à obtenir un raisonnement logique et construit, j’en veux pour preuve que je suis une quiche en dissertation (rappelle toi en philosophie) et que pourtant j’arrivais bien à retenir mes dates pour peu que j’ai eu la volonté de les retenir (ce qui compte pour beaucoup, sans compte l’attrait qu’on a ou non pour la matière). Je souligne d’ailleurs que cette nécessité de « bases » fait suite à la logique de l’enseignement qui veut plus ou moins prouvé une continuité. Ainsi on se voit réutilisé (plus ou moins…) les connaissances acquises, ce qui est en revanche très bon pour le fonctionnement de la mémoire, et donc de tout apprentissage. De surcroît ça fait écho à mon exclamation première « a quoi bon apprendre tout cela si ce n’est jamais réutilisé ». Et bien dans le cadre scolaire ça l’est, mais ensuite ?!
« Je voulais aussi ajouter que les profs, certes, ne sont pas tous géniaux, loin de là. Ceci dit, on oublie bien souvent que leur métier est super difficile... Il faut arriver devant une classe de parfois 30 élèves et les faire t'écouter, faire ce que tu demandes, etc. C'est non seulement difficile de préparer un cours, mais difficile aussi de le mettre en oeuvre, car il faut faire de la discipline. Et encore plus dur que la discipline, c'est la pédagogie... Or le problème, c'est que ça ne s'apprend pas, la pédagogie. Il y a autant de manières de faire que d'élèves. Tel prof ne passera pas avec tel élève, mais avec un autre, si. C'est tout le problème lorsque l'on est confronté à un métier qui met face à face deux êtres humains : ça n'a rien d'une mécanique bien huilée, c'est extrêmement plus complexe. Et c'est pour ça que je n'ai pas (plus ?) envie de jeter la pierre aux enseignants qui, pour la plupart, essaient de faire leur job le plus convenablement possible, mais sont fatalement confrontés à l'impondérable que sont les relations humaines. »
Je n’ai jamais jeté la pierre sur les professeurs qui ne sont pas à tenir pour responsables de l’échec de tout un système, on n’accuse pas un rouage coupable du dysfonctionnement de toute une machine. Je reconnais très volontiers que certains professeurs font un travail formidable et d’autres sont moins pédagogues, mais c’est partout le même cas. D’ailleurs je n’ai jamais parlé des professeurs qui sont en fait le dernier maillon de la chaîne de l’éducation si je puis dire, en ce sens ils sont encore moins responsables des défauts du système d’éducation.
« Venons-en maintenant à l'autre partie de ton coup de gueule : tu dis qu'on devrait apprendre à l'école des choses nécessaires et utiles. Déjà, il faudrait que tu définisses ce que tu entends par là, car il me semble que ce sont des notions où chacun va pouvoir avoir sa propre définition. Pour certains élèves qui veulent devenir par exemple puériculteurs (ça se dit au masculin ?), le plus nécessaire serait d'apprendre comment s'occuper des enfants... Ceci dit il me semble que pas mal de ces élèves-là passent malgré tout par le collège (et éventuellement le lycée mais là je ne suis pas sûre) où ils vont effectivement apprendre des choses qui ne correspondent pas à leur projet professionnel. C'est comme ça, il y a autant de nécessités que d'élèves, et on peut difficilement réussir à combler tout le monde...
L'école apprend la vie en société, l'école apprend la rigueur, l'école apprend la discipline. Ce sont des choses qui me semblent primordiales pour des êtres en passe de devenir des adultes. Ce sont des valeurs qu'ils doivent connaître et finir par comprendre. »
Evidemment que ces valeurs sont fondamentales (aies-je seulement supposé le contraire ?), en revanche bien qu’il soit nécessaire d’apprendre la vie en société, à ce propos d’ailleurs on constate que l’éducation civique à été relégué au rang des vieux outils. Ce que je trouve navrant c’est que ce système s’étale trop sur la durée, et ne correspond pas aux réalités du travail. Au collège on devrait avoir appris le nécessaire pour pouvoir s’insérer dans une vie active, considérant les acquis premiers obtenus (lecture, comptage accompagnés des aspects de sociabilisation)…
« Tu parles d'une école qui aiderait à mieux connaître le milieu professionnel... Pour ma part, je n'y suis absolument pas favorable. Pourquoi ? Parce qu'il existe les BEP, CAP qu'on peut emprunter après la 3è, et qui permettent de rentrer pratiquement directement dans la vie active. Il y a les bacs professionnels, qui pareillement permettent de s'orienter de façon plus professionnelle que si on suivait un enseignement général. »
Ces diplômes que tu cites sont totalement dénigrés par le milieu pro, je le sais parce que mon frère et certains de ses amis fait un CAP et que les échos que j’ai sont pour le moins déprimants. Ces diplômes sont considérés comme des voix de garage que les professionnels ne tiennent absolument pas pour acquis puisque là encore l’adéquation avec la réalité est limitée. D’autant que le collège ne prépare pas à une insertion dans le milieu professionnel.
« L'enseignement général au lycée n'est pas exempt de défauts, mais il est loin d'être si mauvais. De toute manière, les professeurs le disent eux-mêmes : le lycée est une formation qui a pour but de diriger les élèves vers les études supérieures, et non pas vers la vie professionnelle. C'est comme ça, si ça n'est pas ce que veut un élève, il peut très bien se diriger dans une autre voie. Je sais qu'il est compliqué de savoir ce que l'on veut à cet âge-là - mais n'est-ce pas une chance que de pouvoir continuer à se cultiver, à apprendre lorsque justement on est un peu perdu et qu'on ne sait pas vraiment où aller ? Le lycée général permet aux élèves de mûrir, d'apprendre à se connaître, et par la suite ils peuvent choisir en toute liberté la voie qui leur convient - et l'éducation nationale n'est en rien responsable si certains élèves perdus font des mauvais choix en ce qui concerne leur orientation. Là encore, il s'agit d'êtres humains, donc de choses extrêmement complexes. On peut avoir 30 ans et se rendre compte qu'on a gâché une partie de sa vie à faire quelque chose qui ne nous satisfait pas pleinement... Après, chacun évolue à sa manière, et l'école ne peut pas résoudre tous les problèmes. »
C’est une chance si l’on considère qu’être ballotté entre les classes est utile…et puis on se cultive certes, mais on se cultive pourquoi ? On apprend pour oublier au final… Dans tous les cas il y à un vrai problème de fond qui est la maturité des élèves et qui comme tu le dis varie énormément, ne permettant ainsi pas d’établir une formation à la carte. Mais il y à des domaines, et ça c’est facile de le définir. Et tu me parles de gens qui n’ont pas trouvé ce qu’ils voulaient du premier coup, ça n’a rien de dramatique en soi, mais c’est un signe selon moi que quelque chose cloche, peut être pas l’éducation nationale, peut être la maturité ambiante…
Moi-même j’ai été ballotté entre STI, L, et d’autres formations, pour atterrir là où j’en suis (avec aucune garantie toujours), il y a un manque d’information, les bacs ne sont même pas en accord avec une éventuelle poursuite d’étude : un S plus doué qu’un L en informatique ? Faux, je l’ai vu à l’IUT, il y à des facilités, mais au final on peut voir un L plus doué. Et le pire c’est qu’on bloque l’accès à certains élèves pour des écoles à cause d’un bac (qui ne justifie absolument pas les capacités d’un élève !). Je cite c’est exemple afin d’illustrer le fossé qui existe entre les formations déjà, et les réalités professionnelles en plus.
« Je souhaitais aussi ajouter quelque chose par rapport au système allemand. Je le trouve pour ma part assez mal fait. Je m'explique : je ne pense pas qu'il faille décider pour les élèves selon leurs notes. En Allemagne, si tu es faible, tu ne vas même pas au lycée et on t'oriente directement vers une filière professionnelle. Tu n'as simplement pas le choix. Or, il arrive que des élèves faibles veuillent continuer, aller au lycée, pour y apprendre de nouvelles choses ; alors que certains élèves plus doués souhaiteront au contraire suivre une voie professionnelle pour exercer un métier manuel par exemple. Pourquoi décider arbitrairement pour les élèves ? Pourquoi les déclarer inaptes à apprendre, à découvrir, si tel est leur choix ? Franchement, je préfère mille fois notre système (avec tous les défauts qu'il peut avoir), car au moins il laisse le choix. »
J’ai cité l’exemple de l’Allemagne dans le sens où il tend à se rapprocher le plus rapidement possible des réalités du marché, tu me connais assez bien pour savoir que je suis contre ce type d’élitisme…tout système est perfectible, si celui de l’Allemagne était un modèle il serait accepté partout.
« J'en parlais l'autre jour avec un collègue au collège, qui a fait un CAP (si je me souviens bien). Pour lui, tous les élèves devraient au moins aller en seconde pour acquérir un minimum de culture générale. Et je suis assez d'accord avec lui. Je trouve dommage qu'aujourd'hui, les gens aient si peu de curiosité intellectuelle. Les maths, c'est rébarbatif oui, mais c'est comprendre comment notre monde est formé. Pareil pour la physique et la bio, c'est assez extraordinaire quand on y réfléchit un peu. Je ne parle même pas de la littérature car, tu te doutes, je trouve ça d'une importance capitale lol... Chacun son avis, je sais bien, mais la culture permet de former la pensée, de permettre à des adultes en devenir de penser par eux-mêmes, de savoir réfléchir. Dans les pays où l'on oriente tout de suite les enfants vers le travail, on se retrouve avec des populations soumises, incapables de se révolter, car incapables de réfléchir... L'école permet ça. L'école ouvre l'esprit, l'école nous aide à voir le monde différemment. L'école c'est aussi confronter ses opinions à celles des autres, c'est découvrir les différences. C'est savoir que des gens se sont battus pour notre liberté. C'est apprendre que d'autres ont pensé comme nous, ou alors différemment, il y a de cela des siècles et l'ont même mis dans des livres. C'est découvrir le monde, le nôtre, celui de nos voisins, de nos ancêtres. Apprendre, c'est pour moi la liberté totale, l'épanouissement de l'esprit, la jubilation même de la connaissance... »
Il y à méprise :D Je n’ai jamais dis qu’il fallait SUPPRIMER l’école HEIN !! La remodelé est bien plus juste…je ne dénigre pas les aspects très positifs de cette institution, elle joue un rôle primordiale et nécessaire mais je crains qu’on se repose un peu trop sur cet aspect de formation à être « adulte » dans son esprit tout du moins.
Certaines matières sont très importantes, je trouve plutôt dommage de supprimer la science de la vie car je trouve très intéressant, et plus utile de connaître le fonctionnement de notre monde que les théorèmes de mathématiques qui, avouons le, sont plus difficiles pour briller en société…
Les choses primordiales me demandes-tu, ce sont le français (je suis sur que ça te fait plaisir J), des bases mathématiques, des bases historiques et géographiques (par exemple quelle est l’utilité de connaître la superficie du japon par cœur, et le nombre d’hbts…ou bien les principaux centre d’activités, qu’on à tous appris, et qu’on à tous plus ou moins oublié), des bases scientifiques sur notre monde et, plus tôt de la PHILOSOPHIE…ça c’est une bonne matière utile et constructive et qui peut nourrir dans le futur un intérêt particulier.
Comme je le disais à l’instant tous les élèves étant doté d’un bac n’ont pas la curiosité intellectuelle que tu as, ceci prouvant d’ailleurs que d’autres facteurs entre en jeu. Démontrant par là que l’école n’est pas essentiellement le facteur qui donne envie d’apprendre. Cela dépend aussi de l’éducation reçue et du rapport que les parents ont à l’école et de celui qu’il construise pour leurs enfants.
« Alors, même si je comprends ce que tu veux dire, je ne pourrais jamais être d'accord. Parce que franchement, qu'est-ce que je me serais emmerdée si on m'avait empêchée de découvrir tout ça... si on m'avait dit, au lieu de m'apprendre à analyser CANDIDE, "voilà comment on fait un CV, voilà comment il faut se comporter en entreprise". La réalité, c'est qu'on apprend le milieu professionnel en y entrant, et à moins de vouloir remettre les enfant au travail, il faut de toute manière attendre qu'ils aient 16 ans avant de leur permettre de travailler. Et d'ci à 16 ans, il n'y a qu'à leur ouvrir l'esprit et leur apprendre à réfléchir... »
Tu fais un amalgame grossier je n’ai jamais dis « transformons l’école en centre d’éducation pour futures cadres », pour ça il y a les études supérieurs ! Quand c’est nécessaire… Et je te serais gré aussi de ne pas m’attribuer des idées qui ne sont pas les miennes, comme le travail des enfants !!! Remodeler ne signifie pas supprimer…. Modifier ne signifie pas entériné, le changement peut être positifs, rappelle toi notre débat avec JMV (notre prof de philo en TL) sur l’homosexualié.
Je souligne par ailleurs que ton cas est TRES particulier, j’avoue être très impressionné par ta soif de culture, l’envier même. Mais je crains aussi que tu risque de déchanter, à moins que ton milieu professionnel te permettes de profiter de tous ce que tu as appris (et c’est plus que souhaitable et te connaissant c’est ton projet) dans le cas contraire je doute que le « supplément au voyage de Bougainville » puisse t’obtenir un emploi…
Pour conclure je citerais volontiers notre ami commun, Aristote, alias la star de la médiété. En clair il existe un juste milieu dans me propositions, dans les tiennes aussi je suppose, et donc dans l’école, un juste milieu qui mêlerait l’essentiel de l’école (l’aspect d’apprentissage de la « vie »), avec ses bases indispensables et un suivi scolaire, une continuité plus en rapport avec la réalité professionnelle. Car plus ça va plus on va vers des bac +10 n’ayant jamais la garanti d’obtenir un emploi…
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